Marie Brignole-Sale, duchesse de Galliera

Buste de la duchesse de Galliera dans le hall d'entrée du musée - Photo : © Alexandre Samson / Galliera

Louée pour son action philanthropique, considérée comme une femme au grand cœur, à l’âme charitable et généreuse, la duchesse de Galliera mena une vie extraordinaire marquée par le goût des belles choses et l’altruisme.

« […] n’ayant vécu que pour la charité et n’ayant été heureuse que par elle.» - L’illustration, le 15 décembre 1888.

Jeunesse et famille

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Marie Brignole-Sale naît à Gênes le 5 avril 1811 au sein d’une famille patricienne qui a donné à la ville des doges, des sénateurs, des ambassadeurs et des poètes. Son éducation éclairée et européenne est marquée par les voyages qu’elle effectue : l’enfant accompagne régulièrement son père lors de ses différentes missions diplomatiques. Le marquis Antoine de Brignole-Sale fut nommé préfet de la République ligurienne sous Napoléon Ier. Il fut ensuite ambassadeur de Sardaigne en France auprès du roi Louis-Philippe qui apprécie grandement le diplomate génois.  Dès lors Marie est élevée, pour ainsi dire, à la cour des Tuileries avec les enfants de Louis-Philippe pour lesquels elle gardera un profond attachement.

Menue, blonde aux yeux bleus, aux traits fins et dotée d’une vive intelligence, la jeune femme polyglotte épouse, en 1828, le marquis Raphaël de Ferrari. Il est issu, comme elle, d’une puissante famille génoise. Principal constructeur des chemins de fer de la Haute Italie, promoteur de la ligne Paris-Lyon-Méditerranée, il crée avec les frères Pereire la banque Crédit Mobilier et participe à la construction du canal de Suez. La transformation de Paris initiée par le baron Haussmann lui permet également de faire de nombreuses transactions immobilières et de réaliser de grands bénéfices.

Le couple a trois enfants, Livia (1828-1829), Andrea (1831-1847) et Philippe (1850-1917). Le décès soudain d’Andrea en 1847 – élevé avec Antoine d’Orléans, duc de Montpensier, fils cadet du roi Louis-Philippe – resserre plus encore, les liens entre la famille royale et les Galliera. Marie reporte toute son affection sur le duc de Montpensier. Philippe, le fils cadet, fait de brillantes études tout en développant une passion pour les timbres postes qui le conduit à constituer l’une des plus importantes collections philatéliques du monde. Homme à la personnalité fantasque, il est marqué par un profond esprit de révolte envers sa famille.

  • La duchesse de Galliera, tirage gélatino-argentique - Photo : © Petit Palais / Roger-Viollet

    La duchesse de Galliera, tirage gélatino-argentique - Photo : © Petit Palais / Roger-Viollet

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Les époux Galliera, première fortune de France

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En 1837, le couple se porte acquéreur du domaine de Galliera situé sur le Reno en Emilie. Erigé en duché le 14 mai 1813 par Napoléon Ier pour sa petite fille par adoption, Mademoiselle de Beauharnais, le titre à réintégré les Etats de l’Eglise après 1815. Le pape Grégoire XVI le confère aux époux Ferrari en 1838. Dès lors Marie Brignole-Sale, marquise de Ferrari, choisira, par goût, de se faire appeler exclusivement duchesse de Galliera.

Les commentateurs de l’époque disent des époux Galliera qu’ils sont les plus riches de l’empire, pouvant s’offrir tous les palais et hôtels qu’ils souhaitent. En 1852, le duc et à la duchesse de Galliera achètent l’hôtel Matignon au duc de Montpensier contraint à la vente. La famille d’Orléans est au bord de la banqueroute suite à la révolution de 1848.

Dans son hôtel de la rue de Varenne, la duchesse est entourée, dit-on, de 200 domestiques. Elle en fait un haut lieu de la vie parisienne qu’elle soit politique, intellectuelle ou mondaine où se croisent les frères Pereire, le duc de Morny, le duc de Broglie, Prosper Mérimée…

Toujours fidèles à leurs racines italiennes, ils achètent en 1861, le domaine de Lucedio et sont faits, dans la même année, prince et princesse de Lucedio par Victor-Emmanuel II de Savoie.

Ce parcours marqué par des acquisitions en Italie et en France et par un enrichissement constant s’arrête brusquement à la mort de Raphaël. Le 22 novembre 1876, le duc décède à Gênes. Philippe, le fils unique, refuse l’héritage de la fortune et du titre ducal de son père. La duchesse de Galliera obtient alors que le titre soit repris par Antoine d’Orléans, son fils de cœur. 

  • La duchesse de Galliera par Nadar - Photo : © Nadar

    La duchesse de Galliera par Nadar - Photo : © Nadar

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La philanthrope

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Agée de 65 ans, veuve et rejetée par son fils, la duchesse se retrouve à la tête d’une immense fortune de 225 millions de francs-or qu’elle s’emploie dès lors à dépenser en œuvres de bienfaisance.  Elle fonde à Clamart l’hospice Ferrari pour personnes âgées et un orphelinat à Meudon. L’hospice Ferrari, édifié selon les plans de l’architecte Paul-René-Léon Ginain, attise les critiques par son aspect luxueux, à quoi elle répond :
« Je suis de mon pays. En Italie, on aime beaucoup les palais, il y en a partout et j’en possède quelques uns. N’est-il pas juste qu’en France, les pauvres aient les leurs ? » - Magasin pittoresque, 1889, p.32.

Par un don d’un million de francs-or, elle contribue également à la création de l’Ecole libre des Sciences politiques d’Emile Boutmy, futur Institut d’Etudes Politiques de Paris.

Ancrée dans une mouvance du siècle, où l’on voit fleurir musées et galeries à travers toute l’Europe, la duchesse veut, elle aussi, fonder son propre musée. Pour sa collection parisienne, elle décide de faire construire un palais qui servira de musée sur un terrain dont son mari s’était rendu propriétaire.  Ses intentions sont réfléchies et actées puisqu’elle signe le plan du musée le 10 avril 1878, soit 5 jours avant la date où elle transmet officiellement sa proposition à la préfecture de la Seine. Le 11 juillet 1878, le conseil municipal accepte avec reconnaissance la donation.

Débutée par ses aïeux dès 1623 – date à laquelle Van Dyck fit un portrait de la famille – et constamment enrichie, la collection d’art de la duchesse de Galliera est très prestigieuse et variée. Des peintures flamandes, espagnoles et italiennes, du mobilier du XVIIIe français, des horloges et des productions issues des manufactures de Sèvre et des Gobelins… Les plus grands noms se retrouvent dans cette collection.

L’histoire de la Duchesse de Galliera croise l’Histoire de France et voit le destin de son musée parisien mis en péril. Outrée par la discussion entamée sur l’expulsion des princes de 1883 et par l’adoption de la loi constitutionnelle du 14 août 1884 qui rend le comte de Paris inéligible à la présidence de la République, la duchesse, alors bienfaitrice de Paris, décide de représailles à sa façon. Par son testament olographe du 7 octobre 1884, elle retire le legs de ses riches collections à la France au profit du Palazzo Rosso à Gênes. Elle choisit donc de déposséder Paris, sa ville de cœur, tout en maintenant la construction du palais Galliera. Dès son achèvement le palais sera mis à la disposition de la Ville de Paris.

À l’âge de 77 ans, Marie Brignole-Sale duchesse de Galliera s’éteint le 9 décembre 1888 à Paris.


  • Plan du Musée Brignole-Galliera, actuel Palais Galliera, début XXe s. - Photo : © Archives de Paris

    Plan du Musée Brignole-Galliera, actuel Palais Galliera, début XXe s. - Photo : © Archives de Paris

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