Ensemble Smoking, Claude Montana

  • Claude Montana

  • Acquisition de la Ville de Paris
  • Automne - Hiver 1988 - 1989
  • Grain de poudre, satin de soie
  • GAL1989.2.34a-g
  • Palais Galliera, musée de la Mode de la Ville de Paris

Dès le milieu des années 1970, Claude Montana jette les bases de la silhouette féminine qui dominera la décennie suivante : les épaules sont larges et mises en forme par des paddings, les hanches étroites, le vêtement est fluide et accompagne les mouvements. Comme chez Azzedine Alaïa le cuir joue une place importante dans l’univers de Montana. Utilisé le plus souvent en noir, il introduit les codes SM dans l’univers du luxe. La « femme Montana » est fatale, séduisante et dangereuse, toujours extrêmement sophistiquée. Dans ses défilés, le créateur insistait sur l’aspect dramatique de sa mode notamment par de savants jeux de lumière.

Le smoking présenté ici est une référence à celui qu’Yves Saint Laurent décline dans la garde-robe féminine, saison après saison, depuis 1967. A la fin des années 1960, Saint Laurent substitue la notion d’élégance qu’il juge stérile et sclérosée à celle de séduction beaucoup plus transgressive. Claude Montana retient la leçon. Sa femme idéale est dominatrice. Sa silhouette épaulée, inspirée de celle des héroïnes des films noirs des années 1940, indique clairement son pouvoir. La séduction qu’elle dégage est d’autant plus troublante qu’elle semble vénéneuse.

Montana utilise le grain de poudre et le satin noirs traditionnellement attribués au smoking. Comme chez Saint Laurent, le pantalon droit allonge la silhouette. En revanche, la veste s’arrondit pour rendre les hanches plus féminines et sa construction d’ensemble n’a plus rien à voir avec l’art du tailleur pour homme. Elle renoue avec les coupes savantes des années 1950 limitant le plus possible les coutures. Ainsi les manches sont « à  même » et n’interrompent pas la surface de la veste avec des coutures. Le traitement asymétrique du col, largement ouvert et enveloppant est particulièrement représentatif du travail du créateur tout comme l’enroulement, à la manière d’un parchemin, du bas de la veste dont la doublure de satin noir devient un ornement à l’égal du col. Ce smoking, à la féminité exacerbée, était porté avec un col roulé noir, des gants et des souliers de daims noirs. Une panoplie de rat d’hôtel de grand luxe en guise de tenue de soirée.

Auteur de la notice : Laurent Cotta